Comprendre l'industrie de l'assurance
#113 Le secteur de prédilection de Warren Buffett
Hello,
Avant de commencer, nous espérons que tout va bien de ton côté. Nous sommes heureux de te retrouver pour cette édition #113 de la Bourseko | Newsletter ! Nous sommes 11 837 abonnés. Bienvenue aux nouveaux et merci à tous pour votre confiance !
Si on t’a transféré cette édition et que tu souhaites recevoir les prochaines newsletter, c’est ici 😊
📣 Communication
Avant de commencer, si tu veux aller plus loin, tu peux t’abonner au Club Bourseko. Pour rappel, voici ce qu’on propose au sein du Club :
Un espace d’échange entre +300 investisseurs (dont Xavier Delmas) pour s’entraider, progresser et partager ses investissements
Des analyses fondamentales sur des actions de qualité 2x par mois (exemple : Airbus)
Le suivi trimestriel des résultats de plus de 70 actions que nous surveillons
Des sessions de Questions/Réponses avec Xavier 1 à 2 fois par mois
Notre watchlist d’actions mensuelle, directement dans ta boîte mail chaque 1er du mois.
Des événements physiques réservés aux membres
Et bien d’autres choses…
Comprendre l’industrie de l’assurance
Par Abdallah Benmansour
L’assurance fait rarement rêver. C’est une industrie que beaucoup trouvent ennuyeuse. Et en Bourse, elle attire souvent moins l’attention que la tech ou le luxe. Pourtant, c’est une énorme industrie. En effet, plus de 6 000 milliards $ de primes ont été collectées en 2023 dans le monde avec une projection à plus de 9 000 milliards d’ici 2033.
Rien qu’en France, premier marché européen et cinquième mondial, le secteur a pesé plus de 250 milliards € en 2023 (vie et non-vie).
Cependant, l’assurance ne fonctionne pas comme les autres industries. Son business model est très spécifique, ses états financiers se lisent différemment de ceux d’un industriel ou d’un distributeur et ses ratios sont propres au métier.
Malgré son côté démodé, on trouve dans ce secteur de très belles entreprises, souvent très rentables résilientes et peu cycliques. Des qualités qu’on aime beaucoup quand on investit à long terme.
Alors, avant d’analyser dimanche un dossier qu’on apprécie beaucoup chez Bourseko (intégralement disponible uniquement dans le Club Bourseko), il est important de comprendre le fonctionnement de cette industrie, son business model et la décomposition de sa chaîne de valeur.
C’est ce qu’on vous propose dans cette newsletter ⤵️
Pourquoi l’assurance ?
L’assurance est née d’un constat simple : dans la vie, les accidents, les maladies ou les imprévus sont inévitables. Mais si chacun devait faire face seul à ces coups du sort, les conséquences seraient parfois insurmontables. C’est là qu’intervient l’idée de mutualisation du risque.
L’idée de se protéger collectivement contre un risque existe depuis l’Antiquité. En Mésopotamie déjà, les commerçants partageaient entre eux les pertes liées aux vols ou aux pillages. On retrouve des traces similaires existent en Égypte et à Rome (source).
Mais c’est vraiment avec le commerce maritime à la fin du Moyen-Age. Les marchands de l’époque faisaient appel aux banquiers pour financer leurs expéditions. Si le navire coulait, la dette était annulée. En revanche, si le voyage réussissait, le banquier récupérait sa mise avec une forte prime. On appelait ça le “prêt à la grosse aventure”.
Ce mécanisme, très utilisé à partir du XIIe siècle, a connu des abus sur les taux d’intérêt, au point que le pape Grégoire IX décide d’interdire le prêt usuraire en 1234. Pour contourner cette interdiction, un nouveau système émerge : des banquiers et commerçants acceptent de garantir la cargaison contre le paiement d’une somme à l’avance, une prime. C’est la naissance de l’assurance maritime.

Port de Gênes
La première trace d’un contrat d’assurance remonte à 1347 à Gênes. La ville verra aussi la création de la première société spécialisée en 1424.
Petit à petit, l’industrie s’organise et des règles apparaissent dans plusieurs ports européens. En France, le développement est freiné, en grande partie pour des raisons religieuses. Il faudra attendre 1681 et l’intervention de Colbert pour qu’un cadre juridique soit posé sur l’assurance maritime. En 1686, Louis XIV autorise la création de la Compagnie générale des assurances et grosses aventures.
On pourrait aller plus loin dans l’histoire de l’assurance, mais ce n’est pas l’objectif de cette newsletter. L’essentiel à retenir, c’est qu’on parle d’un secteur né d’un besoin concret qui s’est structuré et développé progressivement au fil des siècles.
Les différents types d’assurance
Ce système de solidarité organisé a fini par devenir un secteur économique majeur, qui représente plus de 6000 milliards de dollars en 2023, soit environ 7 % du PIB mondial.
Et contrairement à l’image qu’on peut parfois en avoir, ce n’est pas un marché figé. Il bouge en permanence : nouveaux risques (climat, cyber, pandémies), nouvelles attentes (plus de personnalisation, plus de digital), nouveaux modèles (assurance à la demande, micro-assurance…).
Mais pour bien comprendre cette industrie, il faut commencer par distinguer ses grandes catégories. En effet, toutes les assurances n’ont pas le même objectif ni le même fonctionnement. Ainsi, on peut les regrouper en 3 grandes familles :
l’assurance de biens et de responsabilité
l’assurance de personnes
l’assurance vie
1 - L’assurance de biens et de responsabilité
C’est la forme d’assurance la plus visible au quotidien. Elle couvre les risques matériels ou de responsabilité. Parmi les grands classiques :
Assurance automobile : obligatoire pour tout véhicule, elle couvre les dommages causés à autrui et, selon les contrats, les dommages sur son propre véhicule.
Assurance habitation : elle protège les logements contre les incendies, dégâts des eaux, cambriolages… Dans le jargon, on parle d’assurance MRH pour multi-risques habitation.
Responsabilité civile : elle couvre les dommages involontaires causés à des tiers, par exemple si votre enfant casse les lunettes d’un autre enfant.
Assurance professionnelle : pour les entreprises, elle couvre les locaux, le matériel, ou encore les erreurs professionnelles pour les médecins par exemple.
Et d’autres..
Le principe ici est simple : remettre l’assuré dans la situation financière où il se trouvait avant le sinistre. On parle donc d’indemnisation.
En 2023, les assurances dommages ont représenté 70 milliards € de primes, soit la moitié du marché hors assurance-vie. Rien qu’à deux, l’automobile et l’habitation pèsent plus de la moitié de ce total. C’est dire leur poids dans le quotidien des Français… et dans les comptes des assureurs.

👉️ Tous les chiffres 2023 de l’assurance en France sont tirés de ce rapport de France Assureurs
2 - L’assurance de personnes
L’assurance de personnes regroupe toutes les protections liées à l’intégrité physique ou à la capacité à travailler. Contrairement à l’assurance de dommages, ici on ne couvre pas un bien, mais un individu.
On y trouve notamment :
L’assurance santé : elle rembourse les frais de santé. En France, le système est un peu particulier avec la Sécurité Sociale, une forme d’assurance publique et gérée par l’État. Comme la Sécurité Sociale ne couvre pas tout, un gros marché s’est développé autour des complémentaires santé, pour venir compléter ce que le système public ne rembourse pas.
La prévoyance : elle intervient en cas d’arrêt de travail, d’invalidité ou de décès. Elle permet par exemple de maintenir un revenu ou de verser un capital à ses proches.
L’assurance emprunteur : exigée pour la plupart des crédits immobiliers, elle prend le relais en cas de décès ou d’incapacité de remboursement.
Et d’autres
Comme l’assurance de biens, l’assurance de personnes pèse aussi 70 milliards € en France en 2023. Et avec le vieillissement de la population, la montée des dépenses de santé ou les besoins de protection des indépendants, c’est un marché en croissance structurelle.
3 - L’assurance vie
Enfin, pour finir, il y a l’assurance-vie qui est un cas particulier. En effet, ce n’est pas qu’un contrat d’assurance, c’est surtout un outil d’épargne. C’est un marché qui pèse très lourd : en 2023, plus de 1 900 milliards € d’encours en France, avec 150 milliards € versés dans l’année… mais une collecte nette très faible (seulement 1,3 milliard €).
Je ne vais pas rentrer dans les détails, car son fonctionnement n’a pas grand-chose à voir avec les autres formes d’assurance qu’on a vues jusqu’ici. Et surtout, les assureurs poussent de plus en plus les épargnants vers les unités de compte, où c’est nous qui assumons le risque du placement. Sincèrement, je me demande si on peut toujours considérer l’assurance-vie comme un produit d’assurance.
Bref, dans la suite de la newsletter, je me concentrerai uniquement sur l’assurance non-vie : l’assurance dommage et l’assurance de personnes.
Le business model des assureurs
Maintenant qu’on a évoqué quels sont les différents types de produits d’assurance, regardons comment le business des assureurs se décompose et comment ils gagnent de l’argent.
Pour commencer, l’assureur collecte des primes auprès de ses clients. Ces primes servent à couvrir les sinistres à venir, les frais de gestion, les frais commerciaux et à chercher à dégager un bénéfice.
Mais contrairement à une idée reçue, ce n’est pas un métier à marge garantie. Les années où les sinistres explosent, l’assureur peut tout à fait perdre de l’argent sur son activité dite technique. Il doit donc piloter très finement son équilibre économique.
Pour cela, on suit plusieurs indicateurs clés, que l’on retrouve dans toutes les publications financières du secteur.
Le ratio S/P
Le premier indicateur qu’on regarde, c’est le ratio S/P pour sinistres sur primes. On parle de loss ratio en anglais.
⚡️ Formule
Ratio S/P = Indemnisations des sinistres / Primes acquises
Cela permet de mesurer si les primes encaissées suffisent à couvrir les indemnisations versées aux assurés.
Prenons un exemple concret :
Une compagnie d’assurance encaisse 1 milliard d’euros de primes sur son portefeuille auto.
Elle indemnise pour 650 millions d’euros de sinistres (accidents, vols, incendies…).
Son ratio S/P est de 65 %. Mais si le ratio dépasse 100%, cela veut dire qu’elle perd déjà de l’argent avant même de payer ses frais de gestion. Ainsi, plus le ratio est proche de 0, mieux c’est.
Attention cependant, un ratio S/P est un outil de comparaison intéressant uniquement sur le même type de métier. En effet, certains marchés sont plus concurrentiels, d’autres plus sinistrogènes. Un ratio de 80% peut être considéré comme sain en assurance auto, mais insuffisant sur d’autres segments.
Inscrivez-vous pour lire la suite
Cet article est réservé aux membres de notre newsletter. Inscrivez-vous gratuitement pour accéder au contenu complet.



