EssilorLuxottica : faut-il profiter de la baisse ?
#220 Et si c'était le bon moment ?

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EssilorLuxottica : faut-il profiter de la baisse ?
En novembre 2025, EssilorLuxottica valait plus de 150 milliards d’euros en Bourse et son titre atteignait 324 euros. Aujourd’hui, l’action s’échange autour de 150 euros, pour une capitalisation proche de 70 milliards. Ainsi, plus de la moitié de la valeur du leader mondial de l’optique s’est évaporée en trois trimestres.

Pourtant, les perspectives n’ont pas changé : les lunettes connectées accélèrent, la myopie progresse partout, particulièrement en Asie, et le groupe est toujours le seul à maîtriser toute la chaîne de valeur, du verre à la boutique.
Mais plusieurs inquiétudes se sont accumulées au fil des mois. C’est ce que nous vous proposons d’explorer dans cette newsletter.
Le vrai problème n°1 : des marges sous pression
En 2025, EssilorLuxottica a vendu environ 7 millions de paires de lunettes connectées, principalement des Ray-Ban Meta, puis des Oakley Meta et les premières Ray-Ban Display.

Le groupe ne publie pas le chiffre d’affaires détaillé de cette activité. En croisant les prix publics et les volumes annoncés, nous estimons que ces ventes représentent entre 2,5 et 3 milliards d’euros. EssilorLuxottica n’en capte toutefois qu’une partie, compte tenu du partage de valeur avec Meta. Par conséquent, notre estimation, à prendre avec précaution, situe la contribution au chiffre d’affaires du groupe entre 1,5 et 2 milliards d’euros en 2025, soit 5 à 7% des revenus globaux de l’entreprise franco-italienne.
Si cette activité soutient clairement la croissance du chiffre d’affaires, son effet sur les marges est bien moins favorable. En effet, une paire de lunettes connectées coûte bien plus cher à fabriquer qu’une monture classique. Il faut y intégrer de l’électronique, une batterie, une caméra, des micros et des composants optiques plus complexes. À cela s’ajoute le partage de valeur avec Meta, dont les modalités restent opaques.
Selon nos estimations, le taux de marge d’une paire connectée serait environ deux fois inférieur à celui d’une monture traditionnelle. Chaque euro de chiffre d’affaires réalisé dans les lunettes connectées contribue donc moins à la rentabilité que dans le cœur de métier, ce qui dilue la marge du groupe à mesure que cette activité prend du poids.

En 2025, le management a indiqué que les lunettes connectées expliquaient environ deux tiers du recul de la marge brute entre 2024 et 2025. Le produit présenté comme le moteur de croissance du groupe pèse donc déjà sensiblement sur sa rentabilité.
En mars 2026, les deux partenaires ont lancé les Ray-Ban Meta Optics à partir de 499 dollars, une gamme destinée aux porteurs de verres correcteurs. Trois mois plus tard, en juin, ils lançaient les Meta Glasses à partir de 299 dollars, une entrée de gamme commercialisée sous la seule marque Meta, sans les noms Ray-Ban ou Oakley.

Ce choix donne davantage de place à la marque Meta dans le partenariat, avec une offre moins chère qui ne s’appuie plus sur la désirabilité de Ray-Ban. Mais il soulève aussi une question sur le rapport de force entre les deux groupes et sur la capacité d’EssilorLuxottica à préserver ses marges.
Le groupe prend ainsi le risque de cannibaliser une partie de ses ventes Ray-Ban pour soutenir les volumes. Cela soulève forcément une question : que deviendrait sa marge si la moitié des volumes basculait vers des Meta Glasses à 299 dollars plutôt que vers des Ray-Ban à plus de 500 dollars ?
Le vrai problème n°2 : la concurrence arrive
Jusqu’en 2025, Meta contrôlait plus de 70% du marché grand public des lunettes connectées, avec EssilorLuxottica comme partenaire pour les montures. Une position confortable, largement favorisée par l’absence de concurrence sérieuse.
Cependant, en moins de 12 mois, les projets de plusieurs géants de l’électronique se sont précisés. Google a engagé 150 millions de dollars avec Warby Parker et investi 100 millions pour acquérir 4% de Gentle Monster, afin de déployer Android XR sans dépendre d’un fabricant unique.

Samsung a confirmé un lancement en 2026 avec Qualcomm et Gemini, tandis qu’Apple viserait fin 2027, selon Bloomberg. Sur l’entrée de gamme, Xiaomi et les autres acteurs chinois proposent des prix difficiles à suivre pour les fabricants occidentaux.
La concurrence devient donc féroce, ce qui rend le partenariat entre Meta et EssilorLuxottica plus à risque, sans pour autant justifier un scénario catastrophe. Meta ne maîtrise ni la fabrication de montures optiques à grande échelle, ni la production de verres correcteurs, ni la distribution en optique. Ces trois savoir-faire prennent des années à construire, et EssilorLuxottica les lui apporte immédiatement.
Selon nous, face à Google et Apple, qui arrivent avec leurs propres écosystèmes, Meta a davantage intérêt à conserver un partenaire engagé qu’à comprimer ses marges au point de le décourager d’investir. C’est d’ailleurs dans cette logique que Meta a pris une participation d’environ 3% dans le groupe franco-italien en 2025, avec une option pour monter à 5%.

Source : Les Echos
Cependant, nous restons vigilants sur l’équilibre des forces à moyen terme. D’ici trois à quatre ans, Meta pourrait diversifier ses fournisseurs, tandis que certains composants se seront banalisés, lui donnant davantage de pouvoir de négociation. EssilorLuxottica aura, de son côté, lourdement investi dans son outil industriel. Le risque serait d’avoir engagé ces dépenses dans des produits dont il ne maîtrise pas le logiciel.
Le rapport de force ne joue toutefois pas dans un seul sens. Tant que la capacité à produire des montures de qualité à grande échelle reste un facteur limitant, l’arrivée de nouveaux acteurs pourrait aussi apporter de nouveaux clients à EssilorLuxottica et réduire sa dépendance à Meta.
Le Meta Connect de septembre 2026 constituera, selon nous, un premier test important et les annonces permettront de mieux comprendre la direction prise.
Le vrai problème n°3 : la crise de gouvernance
Pour rappel, Leonardo Del Vecchio, le fondateur de Luxottica, est décédé en juin 2022 sans avoir désigné de successeur opérationnel. 4 ans plus tard, la question de sa succession reste ouverte, et c’est ce qui constitue, selon nous, le principal risque du dossier.

Leonardo Del Vecchio
Delfin, la holding familiale, détient 32,4 % du capital d’EssilorLuxottica. Son propre capital est réparti à parts égales entre 8 héritiers, soit 12,5% chacun. Aucun ne dispose donc de la majorité, et le pouvoir repose sur des alliances qui peuvent évoluer.
De son côté, Francesco Milleri, directeur général depuis 2021 et président de Delfin depuis 2023, a progressivement occupé la place laissée par le fondateur. Son autorité reste toutefois dépendante de cet équilibre familial, que le changement de position de quelques héritiers peut fragiliser.
Par exemple, les tensions ont éclaté au grand jour fin août. Leonardo Maria Del Vecchio, quatrième fils du fondateur, qui occupait les fonctions de président de Ray-Ban et de directeur de la stratégie, a démissionné le 25 août, avec effet au 31 août.
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