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FDJ : la sanction est-elle allée trop loin ?

FDJ : la sanction est-elle allée trop loin ?

FDJ : la sanction est-elle allée trop loin ?

#221 Notre analyse fondamentale de la Française des Jeux

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FDJ : la sanction est-elle allée trop loin ?

Depuis son introduction en Bourse en 2019, la Française des Jeux a déçu une grande partie des attentes. Proposée aux particuliers à 19,50 euros le 21 novembre 2019, l’action avait dépassé les 40 euros en février 2021. Elle a ensuite progressivement reculé pour revenir autour de 22 euros en septembre 2026, à peine au-dessus de son prix d’introduction 7 ans plus tôt.

Dividendes inclus, la performance annualisée ressort autour de 4,3%, loin des espoirs suscités par une opération qui avait attiré plus de 500 000 particuliers.

Pourtant, il s’en est passé des choses en sept ans, avec notamment les acquisitions de Kindred et de l’opérateur de la loterie nationale irlandaise. Alors, le marché a-t-il raison de sanctionner la FDJ ou se montre-t-il trop sévère ?

Dans cette newsletter, nous reviendrons sur l’histoire du groupe et sur les mécanismes de son modèle économique. Nous examinerons ensuite ses avantages concurrentiels et ses risques, avant de nous pencher sur sa valorisation et sur les niveaux de prix qui pourraient rendre le dossier attractif.

Histoire de FDJ United

Tout commence en 1927, à l’initiative d’anciens combattants défigurés de la Grande Guerre, qu’on surnomme les gueules cassées. Leurs blessures ne leur ouvrent alors pas droit à la reconnaissance comme invalides de guerre, et ils ne bénéficient d’aucune aide publique.

Deux d’entre eux, Bienaimé Jourdain et Albert Jugon, imaginent une souscription nationale accompagnée d’une tombola, baptisée La Dette, en référence à la dette morale de la France envers ses anciens combattants. Les lots vont des bicyclettes aux avions de tourisme, et le succès populaire est immédiat.

L’État comprend rapidement l’intérêt du modèle. La loi du 22 juillet 1933 crée officiellement la Loterie nationale, avec un double objectif assumé. Elle doit alimenter les finances publiques, fragilisées par la crise des années 1930, tout en finançant les anciens combattants et les victimes de calamités agricoles.

Le premier tirage a lieu le 7 novembre 1933. Son gagnant, Paul Bonhoure, empoche 5 millions de francs, une fortune pour l’époque. Le billet coûte alors 100 francs, une somme importante qui conduit à le fractionner en dixièmes pour le rendre plus accessible. On retrouve déjà le principe du modèle actuel, qui repose sur de petites mises réalisées par un très grand nombre de joueurs.

Dans les années 1950 et 1960, la Loterie nationale trouve un second souffle grâce aux tirages hebdomadaires et aux “tranches spéciales” organisées pour les vendredis 13, la Saint-Valentin, la fête des Mères, Pâques ou Noël. Près d’un adulte sur deux devient alors client. La distribution s’appuie sur un réseau présent dans tout le pays, qui reste aujourd’hui l’un des grands atouts du groupe.

Le tournant suivant arrive avec le Loto, inspiré du Nordwestlotto allemand. Le joueur choisit désormais lui-même ses numéros, ce qui lui donne un rôle plus actif et change son rapport au jeu.

L’exploitation est d’abord confiée au GIE PRELO. L’État reprend ensuite le contrôle en créant, en 1978, la Société de la Loterie Nationale et du Loto National. La structure évolue à la fin des années 1980, prend le nom de France Loto, puis celui de La Française des Jeux en 1991.

Les années 1990 marquent l’essor des jeux de grattage, qui deviendront le second pilier du groupe. Le lancement de Millionnaire en 1991, associé à une émission de télévision, symbolise cette nouvelle étape.

Puis, au début des années 2000, la FDJ prend progressivement le virage numérique avec la création de fdjeux.com, puis l’arrivée du Loto et des jeux de grattage en ligne en 2003. En 2004, elle participe au lancement de l’EuroMillions, qui mutualise les mises de plusieurs pays européens et permet de proposer des jackpots comparables à ceux des loteries américaines.

Cependant, le véritable changement intervient en 2010. La loi du 12 mai ouvre à la concurrence les paris sportifs, les paris hippiques et le poker en ligne. La loterie reste sous monopole, tandis que les casinos en ligne demeurent interdits. Cette organisation structure encore le marché français 16 ans plus tard et explique une grande partie du positionnement de la FDJ.

Puis vient l’étape fondatrice du dossier boursier. Dans le cadre de la loi PACTE, promulguée en mai 2019, l’État décide de privatiser la Française des Jeux, dont il détient alors 72 % du capital. L’ordonnance du 2 octobre 2019 fixe à 25 ans, jusqu’en 2044, la durée des droits exclusifs auparavant accordés sans limite de temps. En contrepartie, le groupe doit verser une somme à l’État.

Le montant initial avait été fixé à 380 millions d’euros, soit 15,2 millions par an sur 25 ans, financés par un crédit syndiqué remboursable sur 20 ans. Après deux plaintes, la Commission européenne ouvre une enquête approfondie en juillet 2021 pour déterminer si ce montant était suffisamment élevé ou s’il constituait une aide d’État. L’affaire est finalement close le 31 octobre 2024, après une révision du calcul entraînant un complément de 97 millions d’euros, réglé par la FDJ en 2025. La rémunération totale des droits exclusifs atteint ainsi 477 millions d’euros.

La conclusion d’absence d’aide d’État met ainsi fin à une incertitude juridique qui accompagnait le dossier depuis plusieurs années. L’introduction en Bourse du 21 novembre 2019 rencontre, elle, un véritable succès populaire. Plus de 500 000 particuliers souscrivent, avec une décote de 2% et une action gratuite pour dix conservées pendant 18 mois. Le titre atteint 23,95 euros dès l’ouverture, tandis que l’État conserve environ 20 % du capital.

À partir de là, le groupe se lance dans une stratégie de consolidation européenne, avec trois opérations qui changent complètement sa nature 👇

  • En juillet 2023, FDJ acquiert Premier Lotteries Ireland pour une valeur d'entreprise de 350 millions d'euros, ce qui lui donne les droits exclusifs de la loterie nationale irlandaise jusqu'en novembre 2034 et fait du groupe un opérateur de loterie hors de France pour la première fois de son histoire.

  • En septembre 2023, le groupe rachète ZEbet puis ZEturf, ce qui lui donne un pied dans les paris hippiques en ligne.

  • En janvier 2024, la FDJ lance une offre publique d'achat sur le suédois Kindred, propriétaire notamment d'Unibet et de 32Red, au prix de 130 couronnes suédoises par action, soit une valeur d'entreprise de 2,6 milliards d'euros et une prime de 24% sur le dernier cours.

Source : Les Échos

Kindred change radicalement le profil du groupe puisque l'international passe d'environ 4% à plus de 25% du chiffre d'affaires, et que la part des activités exercées en concurrence, donc sans aucune protection réglementaire, devient significative. En mars 2025, le groupe acte cette mue en devenant FDJ United, la marque FDJ restant réservée aux activités sous droits exclusifs en France.

Comprendre le secteur, et surtout le vocabulaire

Avant d'aller plus loin, il faut maîtriser quelques notions. Le plus simple pour s'y retrouver consiste à suivre le parcours d'un euro misé par un joueur, depuis le comptoir du buraliste jusqu'au compte de résultat du groupe.

Tout commence par les mises, c'est-à-dire la somme totale jouée par les clients. Chez FDJ United, elles dépassent les 25 milliards d'euros par an, un chiffre certes impressionnant mais qui n'a aucune signification économique. En effet, un joueur qui rejoue ses gains gonfle mécaniquement les mises sans créer un euro de valeur, et un casino en ligne dont les clients enchaînent les parties affichera des mises colossales pour une activité réelle bien plus modeste.

La première ponction intervient immédiatement, puisqu'une large partie de ces mises repart vers les joueurs sous forme de gains. Cette part, c'est le taux de retour aux joueurs, ou TRJ. Il varie énormément selon les jeux :

  • Autour de 55% sur un jeu de tirage (Loto, Euromillions...)

  • 70 % environ sur les jeux instantanés (Astro, Millionaire...)

  • Plus de 85 % sur les paris sportifs (Unibet)

  • Plus de 95 % sur les jeux de casino en ligne

Voilà pourquoi comparer les mises d'un segment à l'autre est totalement trompeur, 100€ joués au Loto génèrent 10 fois plus de produit brut que 100€ joués au blackjack en ligne. Or, ce TRJ échappe largement à la FDJ. Il est encadré par la loi et surveillé par l'Autorité nationale des jeux, l'ANJ, qui régule le secteur depuis 2020. 

Pour les paris sportifs et hippiques en ligne, la réglementation plafonne le retour aux joueurs à 85% en moyenne annuelle, d'où des cotes moins généreuses que sur les sites étrangers. Pour la loterie, l'ANJ approuve chaque année le programme des jeux de FDJ, autorise chaque jeu individuellement et peut imposer un taux de retour inférieur au plafond réglementaire. L'objectif affiché est la prévention de l'addiction, un jeu qui redistribue beaucoup incitant à rejouer davantage.

Ce qui reste une fois les gains reversés s'appelle le produit brut des jeux, ou PBJ. C'est le véritable indicateur du volume d'activité, l'équivalent du chiffre d'affaires dans n'importe quel autre secteur, et il s'est élevé à 8,7 milliards d’euros en 2025.

Deuxième ponction, et c'est ici que se joue l'essentiel du dossier, les prélèvements publics. Impôts, contributions sociales et taxes affectées au sport sont assis sur le PBJ depuis la réforme de 2020, et non plus sur les mises. En 2025, ils ont représenté 5,2 milliards d’euros, soit 60% du PBJ. Là encore, les taux sont fixés par le Parlement dans les lois de finances votées chaque automne, et l'opérateur les subit. Nous y reviendrons plus tard.

Une fois l'État servi, il reste le produit net des jeux, ou PNJ, qui représente 3,5 milliards d’euros en 2025. En y ajoutant le produit des autres activités, on obtient le chiffre d'affaires du groupe, à 3,68 milliards d’euros.

Résumons le chemin parcouru. Sur 100 euros misés, environ 65 repartent aussitôt vers les joueurs. Sur les 35 euros de PBJ qui restent, l'État en prélève près de 21 et la FDJ en conserve 14, avec lesquels elle doit encore rémunérer ses détaillants, financer son marketing et payer ses salariés avant de dégager le moindre profit.

Autres points importants, en France, qui est le principal marché de FDJ United, les jeux d'argent relèvent de trois régimes.

  1. La loterie et les paris sportifs en point de vente constituent un monopole confié à FDJ jusqu'en 2044, en échange d'une soulte de 380 millions d'euros versée à l'État lors de la privatisation de 2019 (à laquelle il faut ajouter le complément de 97 millions d’euros en 2025).

  2. Les paris sportifs, les paris hippiques et le poker en ligne sont ouverts à la concurrence sous agrément de l'ANJ.

  3. Le casino en ligne, enfin, reste purement et simplement interdit, la France faisant figure d'exception en Europe.

Le marché français représente environ 14 milliards d'euros de PBJ, dont FDJ United capte à peu près la moitié, essentiellement grâce à la loterie. À l'échelle européenne, le groupe figure parmi les trois premiers opérateurs, aux côtés du tchèque Allwyn, qui exploite notamment la loterie nationale britannique et pousse désormais aux États-Unis, du grec OPAP et de Flutter, qui domine les paris en ligne.

La grande spécificité européenne tient à la coexistence de deux modèles économiques radicalement différents sous le même toit. Les loteries nationales fonctionnent presque toutes en monopole d'État, directement ou par concession, parce que les gouvernements considèrent qu'un opérateur unique étroitement contrôlé est le meilleur moyen de canaliser la demande de jeu tout en protégeant les consommateurs.

Le Conseil d'État a d'ailleurs explicitement validé ce raisonnement à propos des droits exclusifs de FDJ. Le prix de cette rente, on l'a vu, est un contrôle permanent sur l'offre, les taux de retour et la fiscalité.

À l'inverse, les paris sportifs, le poker et, hors de France, les jeux de casino en ligne sont ouverts à la concurrence et présentent des caractéristiques exactement opposées, avec des coûts d'acquisition client élevés, des marges structurellement plus faibles, une fidélité limitée et une guerre permanente sur les cotes et les bonus.

Les activités de FDJ United

Depuis l'intégration de Kindred, le groupe est organisé autour de 4 segments. La plus importante activité est celle de la loterie et les paris sportifs en réseau qui pèse 69% de l’activité.

La deuxième, les paris et jeux en ligne, pèse 25% du chiffre d'affaires. Les deux dernières, la loterie internationale et le paiement, représentent ensemble à peine 6% de l'activité.

Loterie et paris sportifs en réseau France

C’est le cœur du réacteur, avec 2,54 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 913 millions d’euros d’EBITDA courant en 2025. Si nous précisons l’EBITDA généré par cette activité, c’est qu’elle seule réalise davantage de bénéfice que l’ensemble du groupe. Dit autrement, la contribution des autres activités est négative et la valeur de FDJ United repose largement sur cette rente française.

Cette division regroupe deux métiers de poids très différent. La loterie représente plus de 80 % du total, tandis que les paris sportifs en point de vente apportent les 20% restants.

La loterie et les jeux de grattage

Commençons par la loterie. Elle comprend les jeux de tirage, où le joueur choisit ses numéros puis attend le résultat, et les jeux instantanés, commercialisés sous la marque Illiko, où il faut gratter pour savoir si l’on a gagné.

Le portefeuille de jeux de tirage compte cinq références :

  1. Le Loto propose une grille à 2,20€ et trois tirages par semaine, le lundi, le mercredi et le samedi. Son jackpot démarre à 2 millions d’euros et augmente d’un million à chaque tirage sans gagnant.

  2. LEuroMillions est tiré le mardi et le vendredi dans 9 pays européens (France, Royaume-Uni, Espagne, Portugal, Belgique, Luxembourg, Irlande, Autriche et Suisse). Le jackpot commence à 17 millions d’euros et peut atteindre 250 millions, avec une grille passée de 2,50 à 3€ au printemps 2026.

  3. Le Keno propose deux tirages par jour et la possibilité de gagner une rente à vie.

  4. EuroDreams, lancé fin 2023, mise sur une rente de 20 000 euros par mois pendant 30 ans.

  5. Enfin, Crescendo complète l’offre en point de vente.

Pour chacun de ces jeux de tirage, le mécanisme financier est globalement le même. Sur chaque grille vendue, environ 50% de la mise est destinée aux gains. Une partie finance les petits lots, qui entretiennent l’intérêt des joueurs, et une autre alimente le jackpot. Lorsque personne ne trouve la bonne combinaison, ce dernier est reporté sur le tirage suivant. La cagnotte grossit, la presse en parle et des joueurs occasionnels se mettent à acheter des grilles.

Les gros jackpots constituent donc un puissant moteur de ventes. Organiser un tirage coûte sensiblement la même chose, qu’un million ou dix millions de grilles soient vendues. Les mises supplémentaires génèrent ainsi davantage de PBJ, avec peu de coûts fixes supplémentaires.

En outre, la FDJ dispose également d’un fonds de super cagnotte, alimenté par une fraction des mises. Il permet de renforcer certains jackpots et de créer des événements sans attendre une longue série de tirages sans gagnant. Ces opérations restent toutefois encadrées par l’ANJ, qui doit les approuver et en limite le nombre.

L’EuroMillions explique une grande partie de la volatilité de cette activité. Les mises des neuf pays participants alimentent une cagnotte commune, ce qui permet à chaque joueur de profiter des sommes engagées dans l’ensemble de ces pays. Les jackpots peuvent ainsi atteindre plusieurs centaines de millions d’euros, des montants hors de portée du Loto.

Le revers de la médaille, c’est que la FDJ ne maîtrise ni la durée de ces cycles, c’est-à-dire le nombre de tirages consécutifs sans gagnant, ni le niveau des jackpots qui en découle. En 2025, les cycles longs de l’EuroMillions ont soutenu la croissance. Cependant, au premier semestre 2026, les jackpots ont été moins nombreux et moins élevés, entraînant un recul de 7,6 % du PBJ des jeux de tirage. Pour mesurer le poids de cet effet, il faut noter que, hors jackpots, le PBJ de l’ensemble de la loterie progressait pourtant de 1%.

De leur côté, les jeux de grattage fonctionnent différemment. Les tickets sont vendus de 1 à 10€ avec :

  1. Banco à 1€

  2. Astro à 2€

  3. Cash à 5€, le jeu de grattage le plus vendu en France

  4. Millionnaire à 10€

Le TRJ augmente avec le prix du ticket. Il passe d’environ 60% sur les petits prix à plus de 70 % sur Millionnaire. L’idée est toujours la même : proposer davantage de gains intermédiaires aux joueurs qui dépensent plus, pour maintenir leur intérêt.

Cependant, contrairement aux jeux de tirage, la répartition des gains est fixée avant la commercialisation. Chaque jeu est imprimé en séries de plusieurs millions de tickets, avec un nombre de lots défini à l’avance et validé par l’ANJ. Si le jeu fonctionne, de nouvelles séries peuvent être proposées. Si les ventes s’essoufflent, il peut être retiré.

À l’échelle d’une série entièrement vendue, le PBJ est donc connu. L’enjeu commercial porte surtout sur le nombre de tickets écoulés, une variable sur laquelle le groupe peut davantage agir que sur le résultat d’un tirage.

Un autre avantage du grattage, c’est qu’il s’agit souvent d’un achat d’impulsion, effectué au moment de payer un paquet de cigarettes, un café ou un journal. Le résultat est immédiat et les gains intermédiaires plus fréquents, ce qui encourage les joueurs à renouveler leurs achats.

De plus, en complément de ses jeux classiques, le groupe lance régulièrement des nouveautés pour entretenir l’intérêt des joueurs. En 2025, il a notamment proposé Royaume d’Or, 600 000 Carats, Mythic Jungle et MorpionMax. Chaque lancement bénéficie d’une campagne de communication, d’une mise en avant en point de vente et, parfois, d’une déclinaison en ligne.

Le grattage constitue ainsi une activité particulièrement régulière et rentable, beaucoup moins dépendante du hasard que les jeux de tirage. Sa principale limite reste réglementaire. Le nombre de jeux commercialisés simultanément est plafonné et chaque nouveauté doit être autorisée par l’ANJ. Les risques d’addiction liés au grattage en font également un sujet de vigilance pour le régulateur, notamment concernant le prix des tickets et la communication.

Les paris sportifs en point de vente

Commercialisés sous la marque Parions Sport, les paris sportifs en point de vente ont généré 442 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. 

Le parieur remplit un bulletin chez son buraliste et mise à cote fixe. Cette précision compte, car la FDJ s’engage à payer les gains correspondant à la cote proposée. Selon les résultats des matchs et la répartition des mises, la marge peut donc varier sensiblement. Le PBJ de cette activité dépend donc en partie du hasard.

Avec un TRJ supérieur à 80%, un euro misé sur un match génère deux à trois fois moins de PBJ qu’un euro joué au Loto. L’activité connaît un lent déclin structurel, concurrencée par les paris en ligne, qui proposent un choix plus large de paris et davantage de possibilités de jouer en direct. Elle bénéficie néanmoins encore des grands événements sportifs. La Coupe du monde 2026 a ainsi permis au groupe de collecter plus de 700 millions d’euros de mises sur l’ensemble de ses canaux.

Malgré ses difficultés, cette activité nous donne l’occasion de nous pencher sur l’un des grands atouts de la FDJ en France, son réseau de vente.

Le réseau de vente

La FDJ s’appuie sur un réseau de distribution unique en France, avec 29 000 points de vente, essentiellement des bars-tabacs et des maisons de la presse, qui réalisent encore près de 85% des ventes de loterie.

Ces détaillants sont des commerçants indépendants. La FDJ leur fournit les terminaux, les tickets, la formation et l’animation commerciale. En contrepartie, ils perçoivent une commission proportionnelle aux mises, de l’ordre de 5 %, ainsi qu’une petite commission sur les gains versés au comptoir. Au total, la rémunération du réseau représente près d’un milliard d’euros par an, ce qui en fait le premier poste de charges de cette activité.

Ces commissions ont toutefois l’avantage d’être variables. Une mauvaise année de jackpots réduit les mises et donc la rémunération des détaillants. À l’inverse, lorsque les ventes augmentent, les commissions progressent aussi.

Ce réseau constitue l’un des principaux atouts de la rente française, en complément du monopole sur la loterie. Mais il s’érode avec la fermeture de bars-tabacs chaque année. Pour préserver sa présence sur le territoire, le groupe a internalisé sa force de vente, une opération achevée en 2025, et développe des points de vente sous enseigne propre. Il en a ouvert 500 en 2025 et prévoit près de 700 ouvertures en 2026 pour compenser les fermetures.

Point de vente FDJ dans un hypermarché

En parallèle, le groupe développe son offre de loterie en ligne. Cette activité a généré 316 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, soit un peu plus de 15 % des revenus de la loterie, contre environ 14 % un an plus tôt. Grâce à un recrutement record, le nombre de joueurs en ligne a dépassé les 6 millions à fin décembre 2025. Le groupe vise une part du digital proche de 20 % à l’horizon 2028.

L’intérêt est double. Une vente en ligne ne donne lieu à aucune commission de détaillant, et le groupe peut entretenir une relation directe avec le joueur, notamment par des notifications ou des offres personnalisées. À PBJ constant, le transfert des ventes vers le digital offre donc un potentiel d’amélioration de la marge, même si ce canal comporte aussi ses propres coûts.

La transition reste toutefois progressive. D’une part, les joueurs de loterie sont souvent attachés à leur commerce de proximité et au rituel du passage en point de vente. D’autre part, l’ANJ encadre étroitement l’offre en ligne, les plafonds de mises et la communication, afin de limiter les risques de jeu excessif liés à la facilité d’accès sur mobile.

Paris et jeux en ligne

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