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L'assurance-vie est-elle faite pour vous ?

L'assurance-vie est-elle faite pour vous ?

L'assurance-vie est-elle faite pour vous ?

#222 Les bonnes pratiques à connaître

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L'assurance-vie est-elle faite pour vous ?

Même si nous en parlons rarement, l’assurance-vie reste le placement le plus populaire en France. Son encours atteint 2 200 milliards d’euros à fin juillet 2026, en hausse de 6,3% sur un an, contre 126,5 milliards pour le PEA à fin 2025. Et l’écart continue de se creuser. Sur les sept premiers mois de 2026, la collecte nette de l’assurance-vie atteint 41,3 milliards d’euros, son deuxième meilleur niveau historique après 2006.

Cette différence s’explique d’abord par son ancienneté. Le PEA n’existe que depuis 1992, tandis que l’assurance-vie est commercialisée dans les agences bancaires depuis plus d’un demi-siècle.

Pourtant, dans nos contenus comme dans ceux de nombreux créateurs francophones, le PEA occupe une place bien plus importante. La raison est assez logique. Une fois le fonctionnement de l’assurance-vie expliqué, il y a beaucoup moins de choses à dire.

C’est pourquoi nous avons voulu consacrer cette édition de la newsletter à l’assurance-vie, pour comprendre ce qu’elle peut apporter, à qui elle s’adresse et dans quelles situations elle mérite une place dans un patrimoine.

La fiscalité, un argument vraiment décisif ?

Comme le PEA, l’assurance-vie est une enveloppe capitalisante. Tant que vous ne retirez pas d’argent, vos gains ne sont pas taxés. C’est l’un de ses principaux avantages fiscaux.

Vous souhaitez sécuriser une partie de vos gains ? Vous pouvez les transférer vers le fonds en euros. Vous préférez réduire votre exposition aux actions pour investir dans des SCPI ? C’est également possible si votre contrat en propose, sans déclencher d’imposition lors de l’arbitrage.

Il existe toutefois une particularité importante. Sur le fonds en euros, les prélèvements sociaux sont prélevés chaque année sur les intérêts crédités.

L’assurance-vie bénéficie aussi d’un traitement favorable face aux dernières hausses fiscales. En 2026, les prélèvements sociaux sur de nombreux revenus financiers sont passés de 17,2 % à 18,6 %, portant la flat tax à 31,4 %. En revanche, l’assurance-vie a été épargnée par cette hausse et conserve un taux de 17,2 %. 

La popularité de l’assurance-vie contribue à la rendre politiquement plus sensible à taxer. Cela ne garantit rien pour l’avenir, mais cette différence de traitement mérite d’être soulignée.

Passons maintenant à la fiscalité des retraits. Pour les versements effectués depuis le 27 septembre 2017, et sauf option pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu, les règles générales sont les suivantes.

  • Avant huit ans, la part de gains retirée est taxée à 30 %, soit 12,8 % d’impôt sur le revenu et 17,2 % de prélèvements sociaux.

  • Après huit ans, les gains retirés bénéficient d’un abattement annuel de 4 600 euros pour une personne seule ou de 9 200 euros pour un couple marié ou pacsé soumis à une imposition commune. Au-delà, le taux d’impôt est de 7,5 % pour la fraction éligible au seuil de 150 000 euros de versements, tous contrats confondus, et de 12,8 % pour le reste. Les prélèvements sociaux restent dus, quel que que soit le montant.

Le point essentiel est que l’abattement s’applique aux gains compris dans le retrait, et non à la totalité de la somme retirée. Lorsque vous retirez 10 000 euros, l’assureur répartit ce montant entre capital et gains, selon leur poids respectif dans le contrat.

Prenons un contrat de plus de huit ans valorisé à 100 000 euros, pour 60 000 euros versés et sans retrait antérieur. Les gains représentent 40 % de sa valeur. Un retrait de 11 500 euros contient donc 4 600 euros de gains, entièrement couverts par l’abattement d’une personne seule. Ainsi, en étalant ses retraits, il est donc possible de récupérer des sommes importantes sans impôt sur le revenu.

Vient enfin la transmission, qui constitue selon nous l’argument le plus décisif. L’assurance-vie permet de désigner des bénéficiaires et de leur transmettre un capital bénéficiant, en principe, d’un régime distinct de la succession classique.

Pour les versements effectués avant 70 ans, dans le régime courant des contrats actuels, chaque bénéficiaire dispose d’un abattement de 152 500 euros, tous contrats d’un même assuré confondus. Au-delà, la part taxable est soumise à un prélèvement de 20 % sur les premiers 700 000 euros, puis de 31,25%.

Pour un enfant, cet abattement est distinct des 100 000 euros applicables à la succession classique, sous réserve que ces derniers n’aient pas déjà été utilisés par des donations récentes. L’intérêt peut être encore plus important pour une personne sans lien de parenté, normalement soumise à une fiscalité successorale très lourde.

Vous souhaitez par exemple transmettre à l’enfant de votre conjoint dans une famille recomposée ? Vous pouvez le désigner comme bénéficiaire dans les mêmes conditions qu’un enfant.

Après 70 ans, les versements bénéficient d’un abattement global de 30 500 euros, partagé entre les bénéficiaires et les contrats, puis relèvent des droits de succession selon le lien de parenté.

Vous l’aurez compris, l’assurance-vie peut être un outil particulièrement puissant pour préparer une transmission. C’est, selon nous, son principal intérêt, à condition de tenir compte de l’âge auquel les versements sont effectués.

Une enveloppe multi-actifs

L’un des grands avantages de l’assurance-vie, c’est la diversité des placements qu’elle peut accueillir. On peut y loger des fonds en actions, des obligations, des SCPI, du Private Equity ou encore des ETF.

Le support le plus connu reste le fonds en euros, dont le capital est garanti par l’assureur. Il a d’ailleurs longtemps constitué le principal attrait de l’assurance-vie. Actuellement, les fonds en euros restent largement majoritaires dans l’épargne placée en assurance-vie, mais les nouveaux flux se dirigent surtout vers les unités de compte dont le capital n’est pas garanti.

Sur les 50,6 milliards d’euros de collecte nette en 2025, 42,5 milliards sont allés vers les unités de compte, contre 8,1 milliards vers les fonds en euros.

Plusieurs facteurs expliquent ce changement, notamment la baisse du rendement des fonds en euros durant la période de taux très bas des années 2010. Après ce long recul, leur rendement moyen se maintient autour de 2,6 % depuis trois ans. Selon l’ACPR, il atteint 2,63 % en 2025 pour les contrats individuels, net de frais de gestion et avant prélèvements sociaux.

Ce n’est donc pas avec le fonds en euros que l’on cherchera une forte croissance de son capital à long terme. En revanche, pour un investisseur déjà exposé aux actions, il peut constituer une poche sécurisée intéressante.

L’assurance-vie permet aussi de s’exposer aux actions à travers des ETF, des fonds actifs ou des titres vifs, même si elle n’est pas l’enveloppe la plus adaptée pour ces derniers.

Pour les ETF, contrairement au PEA, l’assurance-vie n’impose pas les mêmes critères d’éligibilité géographique. La palette peut donc être très large en théorie, même si le choix reste limité aux supports proposés par l’assureur.

Il faut toutefois rappeler que dans une assurance-vie, vous ne détenez pas directement les titres, mais une créance auprès de l’assureur. Les actifs lui appartiennent juridiquement, contrairement à ceux détenus sur un compte-titres, dont vous restez propriétaire.

Cependant, il faut noter que depuis la loi Sapin 2, en cas de menace grave pour la stabilité financière, le Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) peut limiter temporairement les rachats pendant trois mois, renouvelables dans la limite de six mois consécutifs, ce qui n’est pas le cas pour les autres compte-titres ou PEA.

Quid des frais ?

Maintenant, passons à la question que tout investisseur doit se poser, celle des frais. Si l’assurance-vie rencontre autant de succès, c’est aussi parce qu’elle a été massivement distribuée par les banques et les conseillers en gestion de patrimoine.

Historiquement, cette enveloppe a souvent accumulé plusieurs couches de frais :

  1. Des frais sur versement pouvant aller jusqu’à 5 %, prélevés avant même que l’argent soit investi.

  2. Des frais de gestion annuels sur le contrat, peu visibles puisqu’ils sont directement déduits de sa valeur ou du rendement communiqué.

  3. Des frais d’arbitrage, facturés lorsque vous changez de support.

  4. Les frais des fonds eux-mêmes, parfois de 1,5 à 2 % par an, sans garantie de faire mieux que le marché.

Selon les chiffres de France Assureurs, en 2025, les frais de gestion moyens des contrats en unités de compte atteignent 0,88 % par an, auxquels s’ajoutent 1,60 % de coûts récurrents moyens sur les fonds. Ces deux couches représentent donc près de 2,5 % par an. Sur plusieurs décennies, l’impact sur le capital est donc considérable.

Soyez donc particulièrement attentifs aux frais. Il existe aujourd’hui de très bons contrats à 0,5% de frais de gestion par an, voire moins. Au-delà, nous trouvons que c’est trop cher.

Quant aux frais sur versement et d’arbitrage, il est désormais facile de les éviter. Si un contrat en prévoit, c’est généralement un red flag.

À quel moment l'assurance-vie devient utile ?

Si vous allez voir votre banquier ou un conseiller en gestion de patrimoine, il est probable qu’il vous propose une assurance-vie, quel que soit votre âge. Mais, selon nous, cette enveloppe ne correspond pas à tous les profils.

À 20 ou 30 ans, pour une épargne long terme, nous privilégions généralement le PEA, moins coûteux et plus adapté à ce type de besoin. Bien sûr, cela n’empêche pas d’ouvrir une bonne assurance-vie avec quelques centaines d’euros pour prendre date et lancer le compteur des 8 ans.

Cependant, il faut faire attention à bien choisir son contrat car l’ancienneté fiscale ne se transfère pas librement d’un assureur à l’autre. La loi Pacte permet de changer de contrat en conservant l’ancienneté fiscale sous certaines conditions, mais auprès du même assureur. 

Pour la poche actions, nous privilégions donc le PEA tant que le plafond de 150 000 euros de versements n’est pas atteint, sauf besoin particulier, notamment en matière de transmission.

Toutefois, à partir de la cinquantaine, si vous commencez à préparer votre succession, l’assurance-vie peut prendre une place plus importante. L’intérêt est d’effectuer les versements avant 70 ans pour bénéficier de l’abattement de 152 500 euros par bénéficiaire évoqué plus haut.

En outre, pour les patrimoines plus importants, l’assurance-vie peut également être nantie, c’est-à-dire donnée en garantie d’un prêt. La banque accepte alors de prêter une partie de la valeur du contrat, selon les supports détenus et leur niveau de risque. Son fonctionnement capitalisant et l’absence de plafond de versement en font, selon nous, une enveloppe particulièrement adaptée à cet usage.

Enfin, l’assurance-vie permet d’adapter son allocation à l’évolution de ses besoins. À l’approche de certaines dépenses, on peut sécuriser une partie de l’épargne sur le fonds en euros, sans déclencher d’imposition, tout en conservant des unités de compte pour les sommes que l’on souhaite laisser investies plus longtemps.

Conclusion

Nous consacrons l’essentiel de notre travail à l’analyse d’entreprises cotées, avec un horizon de plus de 10 ans. Nous privilégions donc naturellement le PEA et le compte-titres, qui sont les enveloppes les plus adaptées pour détenir directement les sociétés que nous suivons.

Cela ne nous empêche pas de considérer l’assurance-vie comme un excellent complément. Selon nous, son principal intérêt reste la transmission, ce qui en fait un support intéressant uniquement au-delà d’un certain âge ou lorsque le patrimoine devient conséquent.

Nous vous invitons également à garder quelques bonnes pratiques en tête. Choisissez un contrat peu coûteux, construisez une allocation simple, notamment avec des ETF larges pour la poche actions, et soignez la rédaction de votre clause bénéficiaire, en la réexaminant lorsque votre situation évolue.

Une fois le contrat, l’allocation et les bénéficiaires bien choisis, l’assurance-vie demande généralement peu d’interventions. Elle fait donc moins parler qu’une action, ce qui explique aussi sa place plus limitée dans nos contenus.

Enfin, si vous souhaitez aller plus loin, nous parlerons de l’assurance-vie dans notre prochain podcast, qui sortira ce samedi. Pour ne pas le manquer, vous pouvez vous abonner à notre chaîne YouTube.

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