Bourseko Logo

La fin du consulting ?

La fin du consulting ?

La fin du consulting ?

#202 Comprendre le krach sur les ESN et le secteur du consulting

Hello,

Avant de commencer, nous espérons que tout va bien de ton côté. Nous sommes heureux de te retrouver pour cette édition #202 de la newsletter Bourseko ! Nous sommes 23 729 abonnés. Bienvenue aux nouveaux et merci à tous pour votre confiance !

Si on t’a transféré cette édition et que tu souhaites recevoir les prochaines newsletters, c’est ici 😊

📣 L’actualité du Club Bourseko

Ce samedi, nous avons organisé un événement Bourseko à Bordeaux. Merci à tous les membres qui ont pu être présents. C’était, comme toujours, un plaisir d’échanger avec des investisseurs passionnés.

Pour les prochains événements, on se donne probablement rendez-vous en septembre.

La fin du consulting ?

Ce jeudi, Accenture, la plus grande entreprise de conseil au monde, a chuté de 18% après la publication de ses résultats. Une sanction violente, d’autant plus que l’action était déjà en grande difficulté depuis plusieurs mois.

Performance sur 10 ans (dividende inclus)

Le numéro un mondial des services informatiques est même retombé sur les niveaux de 2017. De plus, au-delà d’Accenture, tout le secteur des ESN (Entreprises de Services du Numérique) est aujourd’hui sous pression.

Ainsi, en France, plusieurs acteurs cotés sont concernés, comme Capgemini, Sopra Steria, Alten, Wavestone ou encore Neurones. Là encore, la sanction boursière est très nette.

Dans cette newsletter, nous vous proposons de revenir brièvement sur les résultats d’Accenture, de comprendre le narratif qui pèse aujourd’hui sur cette industrie, puis de vous donner notre avis sur le sujet.

Le consulting, c’est quoi ?

Avant de chercher à comprendre le massacre des ESN, il faut déjà comprendre ce qu’elles vendent réellement.

Sur le papier, le conseil aux entreprises consiste à faire intervenir des experts externes, les consultants, pour répondre à un besoin précis. Cela peut être revoir une organisation interne, piloter un grand projet, déployer un CRM ou un back-office à grande échelle, mener une étude de marché ou encore construire un plan stratégique sur plusieurs années.

Cependant, dans les faits, le conseil ressemble souvent à une forme d’intérim haut de gamme. Les grandes entreprises font appel à des consultants parce qu’elles ont besoin rapidement de ressources qualifiées, capables de monter en compétence vite, mais aussi parce qu’elles peuvent s’en séparer tout aussi rapidement quand le besoin disparaît ou quand les budgets se resserrent. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si les entreprises dans lesquelles l’État est actionnaire, comme la SNCF ou Orange, sont souvent de grandes consommatrices de conseil.

De manière générale, passer par un cabinet coûte beaucoup plus cher qu’un recrutement direct. Mais dans beaucoup de cas, cela reste rationnel pour trois raisons :

  1. D’abord, c’est rapide. En quelques jours, une équipe peut être mobilisée, alors qu’un recrutement prend souvent plusieurs mois.

  2. Ensuite, c’est flexible. Si l’activité ralentit ou si l’entreprise veut réduire ses coûts, le conseil fait souvent partie des premiers postes qui sont coupés.

  3. Enfin, le consultant apporte une compétence spécialisée sur un sujet précis, avec des objectifs contractuels clairs, ce qui pousse souvent à délivrer plus vite qu’une équipe interne.

Et ce marché, assez peu connu quand on ne travaille pas en entreprise, est immense. À l’échelle mondiale, les services informatiques représentent entre 1 400 et 2 000 milliards de dollars en 2025 selon les définitions retenues. Le conseil en management, lui, pèse entre 300 et près de 500 milliards de dollars.

Mais comme vous le voyez, derrière le mot “conseil”, on met en réalité des activités très différentes.

Le plus prestigieux : le conseil en stratégie

Pour beaucoup de diplômés d’écoles de commerce ou d’ingénieurs, c’est un peu le Graal. Ces cabinets recrutent surtout dans les meilleures écoles (Polytechnique, Centrale, HEC, ESSEC…) après des processus qui peuvent compter cinq ou six entretiens. Vous connaissez certainement les grands noms du secteur, tous américains : McKinsey & Company, le Boston Consulting Group, plus connu sous le nom de BCG, et Bain. Dans le milieu, on les appelle les MBB.

Ici, les prestations se facturent au prix fort. On parle de plans stratégiques, de due diligences, de stratégies de lancement produit ou encore de plans d’expansion internationale. Air France, par exemple, s’est fait accompagner par le BCG pour revoir son plan stratégique.

Source : Consultor

L'entre-deux : le conseil en management et en organisation

Cette fois, on ne s’adresse plus aux directions générales, mais davantage aux directions métiers. L’objectif peut être de revoir un modèle d’organisation, d’auditer des processus, de piloter un projet interne ou d’accompagner une transformation opérationnelle.

Les tarifs sont déjà élevés, mais restent bien inférieurs à ceux du conseil en stratégie. Pour un consultant junior, il faut souvent compter entre 800 et 1 400 euros HT par jour.

Le gros du marché : le conseil IT

C’est là que se concentrent les plus gros volumes. Les consultants interviennent sur des projets informatiques souvent très lourds, comme le déploiement d’un CRM ou d’un ERP, la migration d’un système entier, la modernisation d’un back-office ou le développement d’un portail numérique.

Ce sont des chantiers qui peuvent mobiliser plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de consultants, en fonction de la taille du projet. Dans ce type de situation, sous-traiter à des spécialistes disponibles rapidement, et que l’on peut débrancher en cas de ralentissement, est souvent beaucoup plus simple que de recruter en interne.

Ainsi, les cabinets de conseil font partie des entreprises qui comptent le plus de salariés, avec par exemple Accenture, le leader mondial du secteur, qui emploie près de 800 000 personnes. Mais la France est plutôt bien positionnée sur ce marché, avec des acteurs comme Capgemini, Sopra Steria, Wavestone, et une myriade de cabinets spécialisés.

⚡️ À NOTER

Les cabinets de conseil font souvent plusieurs choses à la fois. Accenture, par exemple, intervient dans le conseil en organisation, l’IT, et même un peu dans la stratégie. À l’inverse, les MBB font de plus en plus de conseil en management.

Les résultats d'Accenture, et ce qui a fait plonger l'action

À première vue, les résultats du troisième trimestre de l’exercice 2026 d’Accenture, clos le 31 mai, n’avaient rien d’une catastrophe. Le bénéfice par action a augmenté de 9% et il est supérieur au consensus des analystes. En revanche, le chiffre d’affaires est inférieur aux attentes.

Tout d’abord, Accenture devrait perdre 400 millions de dollars de chiffre d’affaires au Moyen-Orient, conséquence directe du conflit avec l’Iran, qui a interrompu une partie de son activité dans la région.

Mais le problème ne s’est pas limité au Moyen-Orient. Selon Julie Sweet, la directrice générale du groupe, la guerre a poussé les clients à resserrer leurs budgets partout dans le monde. Or, comme nous le disions plus haut, le budget conseil est le premier qui est impacté par ce type de réductions de coûts.

Par conséquent, en plus d’avoir déçu sur son chiffre d’affaires, Accenture devrait voir une partie de sa facturation être décalée sur l’exercice suivant. Le groupe a donc abaissé sa guidance annuelle. Il attend désormais une croissance comprise entre 3 et 4%, contre une précédente fourchette de 3 à 5%. Dans un secteur déjà sous pression, ce type de révision est forcément très mal perçu par le marché.

De plus, le ralentissement se voit aussi dans les prises de commandes, qui permettent de se faire une idée de la croissance à venir. Les bookings, c’est-à-dire les contrats signés et donc le carburant des prochains trimestres, ressortent à 19,3 milliards de dollars, et ils sont en baisse de 2% sur un an.

Ce qui inquiète vraiment les marchés

Cependant, le vrai doute, aujourd’hui, porte sur la capacité d’Accenture à profiter de l’IA plutôt qu’à en devenir une victime. Les investisseurs se demandent de plus en plus comment le groupe va délivrer ses services demain, et surtout quelle valeur il pourra encore facturer lorsque l’IA sera massivement déployée dans les entreprises. Au-delà d’Accenture, c’est tout le secteur des ESN qui est regardé avec scepticisme.

Aiman Ezzat, le PDG de Capgemini, résumait très bien cette crainte dans un article des Echos ⤵️ 

Les marchés ont classifié les perdants de l'IA : en gros, les sociétés de services comme Capgemini, et les logiciels. D'après eux, les cols blancs vont être remplacés par les agents, il y aura donc de la déflation et notre marché n'existera plus.

Aiman Ezzat - PDG de Capgemini

Aiman Ezzat

Pour comprendre la violence de la correction, il faut comprendre le raisonnement des investisseurs jusqu’au bout, car leur inquiétude ne porte pas seulement sur un produit ou sur un trimestre.

Historiquement, une société de consulting fonctionne comme un édifice à plusieurs étages. Tout en bas, une large base de juniors, jeunes développeurs, analystes ou consultants débutants, produit une grande partie du travail opérationnel. Cela veut dire écrire du code, construire des fichiers Excel, synthétiser des documents, préparer des analyses, et bien sûr produire beaucoup de présentations PowerPoint. Au sommet, une poignée d’associés vendent les missions, encadrent les équipes et entretiennent la relation client.

Ainsi, plus la base de consultants est large, plus elle est occupée, et plus la machine est rentable. Dans ce modèle, les indicateurs à maximiser sont les suivants :

  1. Le nombre de consultants facturables

  2. Le tarif journalier moyen, le fameux TJM

  3. Le taux d’utilisation, ou dans le jargon, le taux de staffing, c’est-à-dire la part du temps réellement facturée aux clients

Le problème, c’est que l’intelligence artificielle générative, et encore plus les agents IA, s’attaque précisément au travail de cette base. Or, plus le temps avance, plus elle sera capable de le faire vite, bien, et à moindre coût. Quand une tâche qui mobilisait un consultant junior pendant deux jours peut être exécutée en 15 minutes par Claude, ce sont potentiellement des centaines de milliers de jours facturables qui disparaissent.

Les ESN se retrouvent donc dans une position très inconfortable. Si elles refusent d’adopter l’IA, leurs clients iront voir des concurrents plus rapides, plus efficaces et moins chers. Mais si elles l’adoptent pleinement, elles réduisent mécaniquement le nombre d’heures facturées, donc potentiellement leur propre chiffre d’affaires.

Et ce dilemme commence déjà à peser sur leur pricing power. Les entreprises deviennent plus exigeantes sur les prix. Elles voient bien que l’IA permet de gagner du temps, et elles demandent logiquement que cela se retrouve dans la facture.

En France, certains acteurs casseraient déjà les prix en justifiant ces remises par les gains de productivité liés à l’IA. Et cette pression commence aussi à se traduire dans l’emploi. Par exemple, Capgemini a annoncé jusqu’à 2 400 suppressions de postes en France début 2026.

Source : Le Monde

Pendant des décennies, le modèle des ESN a reposé sur la vente de jours-hommes. Autrement dit, plus elles facturaient de consultants, plus elles généraient de chiffre d’affaires. Mais l’IA casse progressivement ce lien. Si la valeur ne vient plus du nombre d’heures passées, mais du résultat obtenu, pourquoi continuer à payer des journées entières de consultants ?

Le problème, c’est qu’aucun acteur ne sait encore vraiment par quoi remplacer ce modèle. Facturation au résultat ? Modèle hybride ? Abonnement ? Pour l’instant, tout le secteur se cherche. Justement, cette incertitude, c’est la pire chose pour les investisseurs, et c’est ce qui explique les baisses généralisées sur le secteur.

Notre avis

Faut-il pour autant signer l’acte de décès des ESN ? Franchement, difficile à dire. L’IA progresse très vite. En effet, plus le temps passe, plus il devient difficile de se positionner, même avec des valorisations qui semblent aujourd’hui au tapis.

Bien sûr, toutes les ESN ne se valent pas. D’un côté, certaines continuent de croître, même à un rythme modeste. C’est le cas de Neurones, Accenture ou Wavestone, qui affichent encore une croissance comprise entre 3 et 6%.

De l’autre, des acteurs comme Sopra Steria, Alten ou Capgemini accusent davantage le coup depuis plusieurs trimestres, avec une activité en recul. Cela dit, cette faiblesse pourrait aussi créer un effet de base plus favorable lors des prochaines publications.

Selon nous, certaines entreprises réussiront à tirer leur épingle du jeu, tandis que d’autres auront beaucoup plus de mal à s’adapter à cette nouvelle donne. Cependant, nous préférons rester à l’écart du secteur. Nous attendrons qu’un momentum plus positif revienne avant de nous repositionner, si cela doit arriver.

C’est tout pour cette newsletter.

Qu'en as tu pensé ?

Ca te prend moins d'une seconde et ça nous aide beaucoup

Si tu as des questions sur le Club, cette newsletter ou tout autre sujet, n’hésite pas à nous les poser. Nous y répondrons avec plaisir. Tu peux répondre à ce mail ou nous contacter directement à contact@bourseko.fr

Et si tu penses que cette newsletter pourrait plaire à une personne de ton entourage, transfère-lui directement cet email.

Passe une excellente journée et à bientôt dans la prochaine newsletter 😊

Loris & Abdallah

Inscrivez-vous pour lire la suite

Cet article est réservé aux membres de notre newsletter. Inscrivez-vous gratuitement pour accéder au contenu complet.

Retour aux articles

Inscris-toi gratuitement pour accéder à ce contenu

Inscription 100% gratuite. Tu recevras un code par email pour confirmer ton compte.