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Les stablecoins, une révolution financière ?

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#208 Faut-il s'y exposer en Bourse ? Si oui, comment ?

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Les stablecoins, une révolution financière ?

Pendant que les médias s'écharpent sur le cours du Bitcoin, un autre mouvement se joue en coulisses, celui des stablecoins.

À en croire les données blockchain brutes, les stablecoins auraient traité entre 62 000 et 80 000 milliards de dollars de transferts en 2025, selon les différents périmètres retenus, de quoi rivaliser avec des réseaux de cartes comme Visa et Mastercard.

Alors, révolution ou mirage ? Pour le savoir, il faut aller regarder ce que ces chiffres impressionnants cachent vraiment. Que reste-t-il des 62 000 milliards quand on retire le bruit ? Qui utilise réellement les stablecoins aujourd'hui, et pour quoi faire ? Qui empoche les milliards que génère déjà ce marché ? Et surtout, comment un investisseur peut-il se positionner sur cette thématique, désormais accessible en Bourse ?

C'est ce que nous vous proposons de décortiquer dans cette newsletter.

Un stablecoin, c'est quoi exactement ?

Avant d'aller plus loin, revenons aux bases, car un stablecoin, ça ne vous parle peut-être pas forcément. Et c'est normal, contrairement au Bitcoin, personne ne s'est enrichi (ni ruiné) avec, donc personne n'en parle lors d'un dîner.

Un stablecoin est une monnaie numérique émise sur une blockchain, dont la valeur est arrimée à une devise classique, le plus souvent le dollar américain. Un USDT ou un USDC vaut un dollar, aujourd'hui, demain et dans un an. En tout cas, c'est l'objectif. Les stablecoins ne promettent aucune plus-value. Ils promettent la stabilité, d'où le nom.

Ce qu’il faut savoir, c’est que le marché est extrêmement concentré. Deux stablecoins, gérés par deux entreprises privées, se taillent la part du lion. L'USDT de Tether pèse environ 186 milliards de dollars (59 % du marché) et l'USDC de Circle environ 75 milliards (24 %), selon DefiLlama. À eux deux, ils représentent donc plus de 80% du secteur. Les centaines d'autres stablecoins recensés se partagent les miettes, même ceux proposés par des noms connus comme le PayPal USD ou le BlackRock USD.

Surtout, il faut garder en tête un détail important. L'écrasante majorité des stablecoins sont libellés en dollars. Le premier stablecoin en euro, l'EURC de Circle, ne capitalise aujourd'hui que 370 millions €.

Pour tenir leur promesse de toujours valoir 1 dollar ou 1 euro, pour chaque nouvelle unité de stablecoin émise, l'émetteur conserve la contrepartie (la monnaie officielle) en réserve.

Ainsi, selon McKinsey, l'USDC est adossé à environ 90% de bons du Trésor américain à court terme et autres actifs très liquides, et le solde en cash. Le jour où vous voulez récupérer vos dollars, Circle brûle vos jetons et vous rend l'équivalent. Un stablecoin n'est donc rien d'autre qu'un dollar tokenisé.

Avant de poursuivre, il est important de préciser un point. Trois formes de monnaie numérique coexistent et elles n'ont pas grand-chose en commun :

  • Les monnaies numériques de banque centrale (CBDC) sont émises par les États et ont cours légal.

  • Les dépôts bancaires tokenisés, comme le JPM Coin de JPMorgan qui traite plus d'un milliard de dollars par jour, restent cantonnés aux circuits interbancaires.

  • Les stablecoins, de leur côté, sont émis par des entreprises privées sur des blockchains publiques, accessibles à quiconque possède un smartphone.

C'est cette troisième catégorie qui explose et à laquelle on va s'intéresser.

Ce que ces chiffres cachent

Nous l'avons vu, les montants de stablecoins qui circulent sont astronomiques. Mais d'où viennent-ils, et que valent-ils ?

Tout d'abord, il est important de préciser qu'un transfert entre deux portefeuilles peut être un paiement à un fournisseur ou un simple mouvement interne d'une plateforme à une autre. Dans les deux cas, c'est comptabilisé comme une transaction, avec le montant qui est pris en compte. On voit bien le problème, additionner tous les transferts et appeler ça des “paiements”, c'est un peu comme compter chaque mouvement entre votre compte courant et votre livret A.

Selon le BCG, sur environ 62 000 milliards de dollars de transferts bruts en 2025, il ne reste que 4 200 milliards une fois retirés les bots, les mécaniques de protocole et les routages intermédiaires, soit 7 % du total.

Et dans ces 4 200 milliards, l'essentiel relève encore du trading et de la gestion de trésorerie des plateformes. Les paiements de l'économie réelle ne pèsent qu'entre 350 et 550 milliards de dollars par an, soit 0,02% des paiements mondiaux annuels.

Cependant, ce serait une erreur de s'arrêter là. En effet, certains segments de paiements progressent très vite, car les stablecoins prospèrent exactement là où l'infrastructure de paiement traditionnelle a le plus de défauts.

Par exemple, faites un virement international un vendredi soir. Il arrivera mercredi, dans le meilleur des cas. Les rails traditionnels (le réseau SWIFT) nécessitent 1 à 5 jours ouvrés, empilent les intermédiaires et travaillent aux horaires des banques. Au passage, chaque intermédiaire prélève sa taxe. Ainsi, selon McKinsey, un virement international coûte entre 15 et 50 dollars. Quant aux frais moyens sur les transferts des travailleurs migrants, ils avoisinent 7% du montant envoyé.

Face à cela, la proposition des stablecoins est simple : règlement quasi instantané, disponibilité 24h/24 et 365 jours par an, frais souvent inférieurs à 10 centimes par transaction, traçabilité complète, et accès universel via un simple portefeuille numérique, sans compte bancaire.

Qui les utilise vraiment, et pour quoi faire ?

Spontanément, on imagine les stablecoins comme une alternative aux acteurs du transfert d'argent comme Western Union.

Cependant, première surprise, ce sont les entreprises qui dominent les volumes. Les paiements interentreprises représentent jusqu'à 60 % du montant des paiements selon McKinsey.

Deuxième surprise, la géographie. Environ 60% des paiements en stablecoins partent d'Asie (Singapour, Hong Kong et le Japon en tête), soit environ 245 milliards de dollars, loin devant l'Amérique du Nord (95 milliards) et l'Europe (50 milliards). L'Amérique latine et l'Afrique, souvent présentées comme l'eldorado des stablecoins, pèsent chacune moins d'un milliard de dollars dans les flux mesurés sur les blockchains.

Troisième usage, et c'est peut-être le plus puissant à long terme, l'épargne en dollars. Brian Brooks, ancien régulateur bancaire américain, le résume bien dans un entretien à Goldman Sachs ⤵️

Le killer use case n'est pas le paiement, c'est le compte en dollars pour ceux qui n'y ont pas accès. En Argentine, en Turquie, au Nigeria, détenir des USDC sur son téléphone est devenu le moyen le plus simple de fuir l'inflation locale.

Selon son estimation, deux milliards d'adultes dans le monde préféreraient détenir leur patrimoine en dollars et n'en ont aujourd'hui pas la possibilité. Le stablecoin est la réponse technologique à cette demande qui inquiète autant les banques centrales des pays émergents que la BCE.

Brian Brooks - Source : Goldman Sachs

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