T1 2026 : les mouvements des supers investisseurs anglo-saxons
#195 Ce que les meilleurs investisseurs ont acheté et vendu au T1 2026
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T1 2026 : les mouvements des supers investisseurs anglo-saxons
Comme chaque trimestre, on prend le temps de décortiquer les portefeuilles des meilleurs gérants mondiaux. Et autant vous le dire tout de suite : ce premier trimestre 2026 est très intéressant !
On commence par les mouvements les plus scrutés, ceux de Greg Abel sur le portefeuille de Berkshire Hathaway.
🇺🇸 Greg Abel - Berkshire Hathaway
Greg Abel a hérité d'un portefeuille de 263 milliards de dollars, d'une trésorerie record de 397 milliards de dollars, et surtout du regard de millions d'investisseurs qui scrutent ses moindres faits et gestes.
La pression était immense, et son premier 13F marque une rupture nette avec les dernières années de la gestion Buffett, tout en restant fidèle à la philosophie value qui a fait la légende de Berkshire.

Source : Instagram
Pour donner un ordre d’idée, son portefeuille est passé de 40 lignes à seulement 26, avec 7 achats et 16 sorties complètes. C'est l'un des nettoyages de portefeuille les plus agressifs de l'histoire de Berkshire sur un seul trimestre.
💎 Renfort massif sur Alphabet
Commençons par les achats. Le plus marquant est Alphabet. En effet, Berkshire a triplé sa position sur Google, qui passe à environ 54,2 millions d'actions pour une valeur d'environ 17 milliards de dollars.
Désormais, Alphabet pèse autour de 7% du portefeuille, ce qui en fait l'une des positions principales de la holding. Abel double la mise sur un dossier que Buffett avait commencé à toucher qu'au T3 2025.

Le deuxième mouvement majeur a fait grincer des dents les puristes du "Buffett-isme" : l'ouverture d'une nouvelle position sur Delta Air Lines.
Pour l'histoire, Buffett était sorti de toutes les compagnies aériennes en 2020 en affirmant que le secteur avait "fondamentalement changé" et qu'il n'y reviendrait plus. Abel y retourne pourtant dès son premier trimestre, profitant d'un titre malmené par les craintes liées à la hausse du pétrole, avec un PER avoisinant 7x au moment de l'achat.

Source : Finimize
Sur les autres achats, on retrouve aussi le renforcement de New York Times, dont la position a quasiment triplé. Berkshire a aussi renforcé Lennar, un pari sur la reprise du logement américain dans un contexte de taux qui devraient commencer à se détendre.
Enfin, nous pouvons évoquer Macy's. C'est typiquement le genre de pari deep value qu'on aurait pu voir chez Buffett, une enseigne mal-aimée mais assise sur un patrimoine immobilier considérable, estimé autour de 5 milliards de dollars, soit l'équivalent de sa capitalisation boursière actuelle.

Néanmoins, c’est de loin, le pari que nous apprécions le moins, tout simplement parce qu'il est rare que le repas soit réellement gratuit. Ces actifs immobiliers sont souvent surestimés, et la thématique des grands magasins est loin d'être dans une tendance favorable.
👀 Greg Abel continue à s’alléger
Maintenant, parlons des 16 sorties. Berkshire a soldé entièrement Visa, Mastercard, UnitedHealth, Domino's Pizza, Aon, Pool Corp, et même Amazon. Au total, ces sorties représentent une dizaine de milliards de dollars.
Au-delà du nettoyage de printemps, c'est le 14ème trimestre consécutif où Berkshire est vendeur net d'actions, avec un cumul de désinvestissements nets qui dépasse les 195 milliards de dollars…

Rachats d’actions & trésorerie
Enfin Greg Abel a annoncé sur CNBC la relance des rachats d'actions. On s'attendait à quelques milliards, comme en 2020-2022. En réalité, Berkshire n'a racheté que pour 235 millions de dollars sur le trimestre… Bref, un non-événement qui a largement déçu les investisseurs.
Pour Monsieur Marché, le signal est clair : même le management juge le cours actuel insuffisamment attractif…

2️⃣ Dev Kantesaria - Valley Forge Capital
Dev Kantesaria, fondateur de Valley Forge Capital Management, se distingue par une approche radicale : il ne détient qu'un nombre extrêmement restreint de lignes, oscillant typiquement entre 6 et 10 actions.

Dev Kantesaria - Fondateur de Valley Forge
Cette concentration reflète sa croyance : “si tu trouves des entreprises de qualité, pourquoi diluer avec des idées que tu aimes moins ?”
Dans son approche, il privilégie exclusivement des entreprises Capital Light (peu gourmandes en capitaux) et générant des Free Cash Flows importants. Sa philosophie repose sur deux piliers : la patience (il effectue très peu de mouvements), et la conviction avec un portefeuille très concentré👇

Parmi les mouvements, on remarque qu’il a entièrement soldé ses très petites positions MSCI et Equifax, vendu un tiers de sa position Visa, et augmenté sa ligne ASML de 35%.
La sortie de MSCI et d’Equifax confirme sa logique : pas de “diworsification” d’où le fait de couper les lignes les moins importantes.
Ensuite, le renforcement de 35 % sur ASML nous paraît plus difficile à justifier à ces niveaux de valorisation. Nous continuons d’apprécier la qualité exceptionnelle du dossier hollandais, mais contrairement à 2025, la marge de sécurité nous semble aujourd’hui beaucoup plus limitée.

Globalement, quand on analyse le portefeuille de Valley Forge, sur 7 positions, 6 appartiennent, au sens large, au secteur financier. Pourquoi ce secteur en particulier ?
Tout simplement parce que ces entreprises profitent souvent d’une concurrence très limitée, comme Visa/Mastercard dans les paiements ou Moody’s/S&P dans la notation. Elles peuvent donc augmenter leurs prix sans trop risquer de perdre leurs clients, tout en bénéficiant de coûts fixes importants et de besoins en réinvestissement relativement faibles.

Le fonds de Dev Kantesaria traverse une très mauvaise année, notamment à cause de sa première position, FICO, en baisse de 25 % depuis le début de l’année. Mais c’est aussi le prix à payer quand on fait le choix d’avoir un portefeuille très concentré.
3️⃣ Chris Hohn - TCI Fund 🇬🇧
De son côté, Sir Chris Hohn ne fait pas dans la demi-mesure. Fondateur de TCI Fund, il est devenu l'un des investisseurs les plus reconnus au monde. Il ne détient qu'une poignée de lignes, à peine 12 positions au 31 mars 2026, pour un portefeuille de 68 milliards de dollars.

Cette hyper-concentration est sa signature. Ses cinq plus grosses convictions pèsent à elles seules plus de 72% du portefeuille :
General Electric (21%)
Safran (16%)
Visa (14%)
Airbus (11%)
Et Moody’s (10%)
Par ailleurs, contrairement à d'autres gérants focalisés uniquement sur les sociétés asset light, Hohn privilégie les avantages concurrentiels, même lorsqu'ils nécessitent des infrastructures physiques lourdes.
Le coup d'éclat du trimestre : la quasi-sortie de Microsoft
C'est LE mouvement qui a fait du bruit, et il tranche radicalement avec le consensus. TCI a réduit son exposition à Microsoft d'environ 10% du portefeuille fin 2025 à seulement 1% environ fin mars 2026. Pour vous donner un ordre d’idée, c’est une position qu’il a commencé à initier au cours du T4 2017, ce qui lui a permis de réaliser une performance de plus de 500%.
Mais alors, pourquoi cette vente sur Microsoft ?
Dans une lettre aux investisseurs, Hohn a estimé que le rythme du développement de l'IA crée une incertitude sur le positionnement concurrentiel de Microsoft à long terme. Il pointe deux risques précis : la suite bureautique Office, dont les workflows pourraient être bouleversés par des outils dopés à l'IA et l'émergence de plateformes concurrentes, ainsi que des risques potentiels sur la division cloud Azure.
Pour ceux qui veulent retrouver notre avis complet sur Microsoft, n’hésitez pas à regarder notre podcast👇
Néanmoins, le plus intéressant selon nous, c’est ce qu’il fait du capital récupéré. TCI a augmenté sa position dans Alphabet, passée d’environ 3 % à 5 % du portefeuille, ce qui en fait désormais sa première ligne technologique. C’est assez étonnant, car quelques trimestres plus tôt, Hohn avait justement allégé Alphabet, estimant qu’il avait de meilleures opportunités ailleurs.
C’est d’autant plus surprenant que le titre est revenu sur des niveaux de valorisation moins attractifs. Beaucoup de gérants considèrent encore qu’Alphabet a un potentiel important, et nous sommes plutôt d’accord. Mais Hohn renforce après un fort rerating, alors qu’il vendait quand le titre était moins cher.

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